Paris possède enfin une vidéo en time lapse digne de sa beauté.

Réalisée par Benjamin Trancart, cette très belle vidéo intitulée "Paris, the City of Light" nous emmène dans les plus beaux et célèbres quartiers de la capitale. On y découvre de très belles images de nuit de la cathédrale Notre Dame, du quartier d'affaires de la Défense, du Centre National d'Art et de la Culture Georges Pompidou ou encore du Sacré-Coeur.

Afin de nous donner plus d'éléments sur ce magnifique time lapse de Paris, Benjamin Trancart a accepté de répondre à mes quelques questions.

L'interview est à découvrir après la vidéo.


Interview de Benjamin Trancart

Bonjour Benjamin, peux tu te présenter en quelques mots ?

J'ai 32 ans. Je suis Motion Designer. Je me suis formé dans ma chambre, avec ce qu'avait à offrir le net. Des amis travaillant dans le métier, dont Guillaume Louyot d'Onickz Artworks, m'ont mis le pied à l'étrier et j'ai commencé à vivre du graphisme. Je viens d'un autre univers à la base, j'ai fait des études de Lettres mais j'ai toujours aimé le rapport son/image.

D'où est né ce projet ?

J'ai fait l'acquisition d'un rail motorisé qui permet de prendre des photos à intervalles réguliers il y a plus d'un an. Je faisais un peu de vidéo avec mon Canon 7D, et puis j'ai commencé à faire des timelapses pour tester ce fameux rail dans Paris. Je me suis pris au jeu, glanant des plans et faisant des listes de monuments et lieux qui pourraient bien se prêter à ces timelapses.

Travaillant la journée, je n'avais le temps de faire cela que le soir. Cela m'arrangeait bien d'un côté, je suis assez médiocre en vidéo et en photo pure donc le timelapse compensait par cet effet dramatique qu'il génère automatiquement. Les poses longues ont elles aussi d'emblée un impact visuel fort.

Est-ce un coup d'essai ?

Oui. On se perfectionne au fur et à mesure, plan après plan on comprend des choses, des rapports de paramètres. Je n'avais quasi aucune notion de photo à la base. La curiosité a fait le reste.

Combien de temps t'a t-il fallu pour tourner les images ?

A peu près un an. J'ai accumulé les plans de façon décousue. Et puis il y a les conditions météorologiques dont on est tributaire. Il y a toute une série de plans que je n'ai pas intégrés au montage final. Je les garde pour un prochain projet.

Quel matériel as tu utilisé pour le tournage ?

J'utilise un Canon 7D. Côté optiques, je me suis essentiellement servi du 18-135mm qui était vendu avec l'appareil et sur la fin je me suis acheté un 16-35 série pro mais j'ai fait assez peu de plans avec.

Côté motion control, j'ai un Stage 0 de Dynamic Perception qui est un excellent produit, robuste. J'ai acheté par la suite un Stage One qui reprend le même principe que le 0 mais qui est beaucoup plus facile à transporter que le "ski" de 1,80 mètres que je trimballais dans le métro... Récemment, j'ai aussi fait l'acquisition d'un TB3 d'Emotimo, une tête motorisée qui commande aussi le rail à partir d'un Wii mote. C'est très fun à utiliser mais il n'y a qu'un plan réalisé avec cette tête dans le film, celui de Montmartre, l'avant dernier. Je ne l'ai eu que sur la fin et je voulais boucler le film.

Concernant le montage, quels sont les logiciels que tu as utilisé ? Combien de temps cela t'a pris ?

Le montage m'a pris à peine deux jours. J'avais déjà sorti un teaser en août d'une minute, je l'ai remanié et en quelques heures le film était prêt.

J'ai mes habitudes avec After Effects, mon logiciel de prédilection pour le Motion Design, j'ai donc tout fait avec celui-ci, colorimétrie et montage.

As tu une anecdote sur le tournage ?

Des anecdotes, il y en a eu... Il y a un an ce genre de dispositif était relativement peu connu et attisait donc la curiosité des passants. Certaines personnes ne peuvent pas s'empécher de venir devant l'appareil se faire photographier... Donc quand un plan tourne depuis deux heures, ça peut rendre nerveux... Mais je ne me suis jamais énérvé, la rue est à tout le monde et je comprends aussi que je puisse déranger parfois avec tout mon attirail.

D'un point de vue technique se sont souvent les plans que l'on croit râtés qui s'avèrent bien "boire" la colorimétrie, surtout en HDR et les plans que l'ont imagine bons qui sont décevants... Certains m'ont donné du fil à retordre. J'ai du refaire certains 2,3 voire 4 fois.

Il y a une fontaine illuminée avec des couleurs qui tournent près de la Comédie Française à Palais Royal, je l'ai retenté 4 fois en jetant à chaque fois mes images à la poubelle. Il est très complexe du point de vue du réglages. Si l'on veut avoir une pose un minimum longue pour les trainées lumineuses des voitures plus les couleurs qui tournent en évoluant autour de la fontaine, le paramètrage est quasi impossible. Soit la fontaine clignotait de façon "épileptique" au rendu soit la pose était trop longue et les couleurs se superposaient pour faire une bouillie affreuse... Il faut jongler et composer avec le temps d'exposition/l'intervalle en seconde entre chaque photo/et le sujet qui pose parfois des contraintes (monument qui ne reste pas allumé longtemps, évolution rapides des lumières qui l'éclairent etc etc...)

D'autres projets sont-ils en préparation ?

Je suis en train de construire une nouvelle idée de projet. Toujours sur le principe du timelapse mais en incorporant d'autres techniques, peut-être plus de vidéo. J'aimerais faire quelque chose de plus narratif et mettre l'humain au centre du prochain projet. Peut-être avec une voix-off. Trouver une manière de contraster la ville, Paris et l'humain.

Mon projet sur Paris était une "carte postale" et facile, je voudrais me mettre plus en danger sur le prochain, accéder à des points de vue plus délicats, raconter la vie, le métier de "vrais" parisiens et me frotter à des techniques que je ne maîtrise pas.

Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Essayez, sortez, éteignez la télé, l'internet, attrapez froid, discutez, et rendez-vous compte par vous même. La ville comme la campagne sont de formidables terrains de jeu et laboratoires d'expérimentations.

Merci à Benjamin pour son travail et pour avoir répondu à mes questions.

Vous pouvez le suivre à travers son site www.benjamin-trancart.com et sa page Facebook.