Blockchain et Bitcoin, de quoi parle-t-on exactement ?

par 28/12/2018Tech

Après l’adoption en première lecture le 28 septembre dernier des dispositions de la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) visant à encadrer les émissions de jetons numériques qui reposent sur la blockchain, il nous est apparu qu’il serait peut-être nécessaire de revenir sur les notions de cryptomonnaie (le Bitcoin étant la plus connue) et de blockchain (la chaîne de blocs en français). Nous ne reviendrons pas sur l’histoire de la monnaie, du troc à nos jours, il existe de très bons sites web à ce sujet, mais sur celle qui débute en 2008 sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto.

Un peu d’histoire

C’est en 2008, en pleine crise économique et en pleine séquence de défiance envers le système bancaire, qu’une personne ou un groupe de personnes se cachant derrière le pseudonyme de Satoshi Nakamoto décide de créer une monnaie d’échange, le Bitcoin, affranchie des organismes de contrôle et reposant sur un système sécurisé appelé la blockchain.

On ne connaît quasiment rien sur Satoshi Nakamoto hormis les spéculations sur sa ou ses véritables identités ou encore le montant de sa fortune. Ce qui est beaucoup plus intéressant c’est le système mis en place et cela même si ce dernier a été, entre 2009 et 2013 surtout utilisé pour réaliser des opérations criminelles comme des jeux d'argent, l'achat de substances illicites, l’exploitation de bases de données piratées, etc.

Depuis les dernières interventions du FBI en 2013 et 2014 et la fermeture de Silkroad, un marché noir sur le darknet permettant de réaliser des transactions de substances illicites, par exemple, tout le monde s’accorde désormais pour reconnaître que les activités illégales perpétrées grâce à la cryptomonnaie sont marginales. Non seulement, l’utilisation de ce moyen de paiement s’est généralisée mais de nombreux projets (beaucoup de projets high-tech) ont vu le jour ou sont en préparation qui s’appuient sur le modèle développé.

Ce qui est d’ailleurs très intéressant, aussi, c’est de retrouver dans l’esprit de nombreux porteurs de projets basés sur la blockchain et le Bitcoin ou toute autre cryptomonnaie existante ou créée spécialement, le modèle historique qui a inspiré et amené à la fois le développement de la monnaie crypto ou non : le troc.

Qu’est-ce que la blockchain ?

Laissons à Claire Balva, la cofondatrice de Blockchain France, le soin de nous donner sa définition de ce qu’est la Blokchain (Extrait d’une conférence TEDx réalisée il y a deux ans à Lyon).  :

"La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui est sécurisée, transparente et qui fonctionne sans organe central de contrôle."

La blockchain est donc une structure de données chaînées, produite chronologiquement au sein d’un réseau décentralisé et sous la protection d’un système basé sur la confiance partagée (consensus) entre les membres du réseau, les nœuds.

Chaque membre détient une copie à jour du grand livre et le contenu est toujours en phase avec l’ensemble des participants.

Lors de la création d’un bloc, les validateurs ou "mineurs" verrouillent, par des opérations cryptographiques, les informations qu’il contient en y incluant, systématiquement, une référence au bloc précédent, ce que l’on appelle le chaînage des blocs. Ainsi, selon les algorithmes de condensat (fonction de hachage) et de consensus utilisés, il devient quasiment impossible de falsifier un bloc sans toucher à la structure des autres blocs.

Par extension, le terme blockchain bien que ne représentant que l’aspect structure de données, peut désigner l’ensemble des composants et outils cryptographiques mis en œuvre dans ce protocole informatique distribué.

Tout est question de confiance

La blockchain a fait et fait l’objet de nombreuses publications dans lesquelles la notion de confiance est omniprésente, souvent même dès le titre. Une confiance non seulement retrouvée, mais surtout distribuée.

Certains auteurs vont même jusqu’à définir la blockchain comme le vecteur d’un prochain retour de la confiance. L’idée de blockchain étant née, comme nous en parlions plus haut, d’une perte de confiance dans le mode de gouvernance, d’une défiance envers un ensemble d’acteurs ayant mené à la crise de 2008 mais aussi à la crise de la traçabilité et de la véracité des informations, elle ne pouvait, donc, que séduire.

Ce qui est sûr, c’est que quand certains critères sont réunis, la blockchain peut devenir le support qui permet de (re) créer de la confiance entre plusieurs acteurs issus d’entités différentes. La confiance ainsi établie est intrinsèquement liée aux règles de son protocole, de son architecture, ainsi qu’à l’écosystème des acteurs.

Qu’est-ce que le Bitcoin ?

De l’anglais "bit" unité d’information binaire et "coin", pièce de monnaie, le Bitcoin est une cryptomonnaie et un système de paiement peer-to-peer.

Le Bitcoin est la cyptomonnaie la plus connue, la mère de toutes celles qui ont suivi et qui continuent à être créées. Dix ans après sa naissance, elle pèse, aujourd’hui plus de 100 milliards de dollars.

Historiquement, le Bitcoin a été créé avant la blockchain qui est, nous l’avons vu, le réseau sur lequel elle s’appuie. C’est en effet, la philosophie qui a amené à sa naissance qui continue à nourrir les utilisateurs et les développeurs de ce système.

La différence fondamentale entre la cryptomonnaie et la monnaie que nous connaissons se résume au fait qu’elle n’a pas de version physique, elle n’est que numérique ce qui va de soi puisqu’elle a été, justement, créée pour réaliser des opérations à travers un réseau informatique et cela sans tiers de confiance (une banque, par exemple).

Elle permet d’acheter en ligne bien sûr, de plus en plus de sites acceptent, désormais, les paiements en Bitcoins. Elle peut se convertir en chèques cadeaux, en devises, être utilisée dans des magasins locaux de plus en plus nombreux également, etc.

Nous assistons, aujourd’hui, à de nombreux bouleversements concernant le Bitcoin, un cours record fin 2017, un effondrement en 2018 qui n’est pas sans rappeler la crise de la tulipe aux Pays-Bas (1636-1637), la première crise financière moderne. Pour s’en convaincre, il suffit de taper "crise de la tulipe bitcoin" dans votre moteur de recherche préféré.

Beaucoup de commentateurs et de "spécialistes" économistes ou autres ne prédisent peut-être pas la mort, mais en tout cas la fin de l’expansion de ce système qui, à la base, n’en a justement pas. Heureusement, de nombreux projets continuent à se monter en s’appuyant sur ce que le Bitcoin et la blockchain ont apporté de neuf à l’économie. Un conseil assez simple concernant tous les investissements financiers, il ne faut investir que ce que l’on est prêt à perdre, si ce n’est pas le cas, il faut savoir se contenter du Livret A, le malaimé, car les autorités peuvent en changer la rémunération sans concertation.

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